👨‍🏫 PAROLE D'EXPERT : ENTRETIEN SUR LA NUTRITION - AMELIE DUBAN

Gut Training : l’entraînement caché derrière la performance.

🤔 Qui es-tu ?

Diplômée en nutrition et nutrition du sport (BTS, Bachelor, DU de micronutrition du sportif et formations spécialisées), j’ai orienté mon parcours vers la performance sportive.

« J’ai débuté à la Mouratoglou Academy comme diététicienne du sport, puis me suis installée en libéral à Montpellier où j’accompagne sportifs amateurs et professionnels. J’interviens également auprès de l’équipe cycliste TotalEnergies, notamment sur des compétitions WorldTour comme le Tour de France.
Sportive depuis l’enfance (athlétisme, triathlon), j’ai développé un intérêt pour l’impact de la nutrition sur la santé et la performance. Cette double approche constitue aujourd’hui ma force pour accompagner au mieux les athlètes. »

Une experte, une vision...

Amélie, comment vois tu la nutrition dans le sport en quelques mots ?

La nutrition est, selon elle, un pilier fondamental de la performance sportive. Bien maîtrisée, elle devient un véritable outil d’optimisation : elle favorise une meilleure récupération, réduit le risque de blessure et soutient efficacement les charges d’entraînement. Elle permet aussi d’améliorer la tolérance digestive, de renforcer l’immunité et de prévenir les déséquilibres métaboliques comme le syndrome RED-S.

Son approche considère donc la nutrition non pas comme un simple complément, mais comme un levier stratégique essentiel à la santé et à la performance de l’athlète.

🎙️ L'interview

Quels sont les principaux défis que tu observes chez les athlètes d’endurance en matière d’alimentation ?

« Ce que j’observe souvent, c’est que même des athlètes très expérimentés sous-estiment l’importance de manger assez et au bon moment. Une grande partie de leurs difficultés ne vient pas d’un manque de volonté, mais plutôt d’un manque d’anticipation et de connaissances sur leurs besoins réels à l’effort. »

Comment travailles-tu concrètement avec un athlète ou un coach ?

« Ma démarche repose sur un suivi au plus près de la réalité de l’athlète. J’observe, j’ajuste, je teste avec lui. La nutrition n’est efficace que si elle s’intègre parfaitement dans sa préparation, son quotidien et son environnement d’entraînement. »

Amélie met en avant le fait que sa prise en charge est entièrement individualisée : un bilan complet ouvre le suivi, puis les ajustements sont réalisés en fonction du calendrier sportif, des objectifs, de la charge d’entraînement et des sensations. Elle travaille sur des axes spécifiques (performance, récupération, digestion, hydratation…). Et que cela est une collaboration avec le staff.

Figure – A summary of methods to “train the gut”, the adaptations that may occur in the gut, and implications for performance.

🧩 Note terrain 

  • Tester tĂ´t et rĂ©gulièrement: Ne jamais attendre une compĂ©tition pour essayer une stratĂ©gie nutritionnelle : tester les quantitĂ©s, les timings et les produits dans diffĂ©rents contextes d’intensitĂ© et de durĂ©e.
  • Quantifier pour mieux corriger: Estimer ses besoins (glucides, hydratation, Ă©nergie) permet d’adapter les apports Ă  la charge d’entraĂ®nement.
  • Observer ses sensations: Noter digestion, Ă©nergie, soif, fatigue ou inconfort permet de faire Ă©voluer la stratĂ©gie.

Les tendances nutritionnelles (low carb, keto, intermittent) influencent beaucoup les sportifs ?

“Je m’appuie sur les données actuelles de la littérature scientifique. L’objectif : proposer des stratégies documentées, mais toujours adaptées au contexte, aux contraintes et à la réalité du terrain.

La nutrition est un domaine où circulent énormément d’idées reçues ; mon rôle est aussi d’aider l’athlète à démêler l’information fiable des effets de mode. »

Pour commencer, peux-tu expliquer simplement ce qu’est le Gut Training ?

« Le Gut Training consiste à entraîner progressivement le système digestif afin d’améliorer sa capacité à tolérer, absorber et utiliser les glucides et les liquides pendant l’exercice. »

Pourquoi est-ce si important en sport d’endurance ?

« Les sports d’endurance reposent sur une idée clé : plus un athlète sait digérer, absorber et utiliser des glucides à l’effort, plus il peut maintenir une intensité élevée ou prolonger la durée de l’effort. Pourtant, le système digestif n’est pas naturellement adapté à ces contraintes physiologiques. La chaleur, les impacts et l’hypoperfusion limitent sa capacité à fonctionner efficacement. C’est pourquoi il doit être entraîné, au même titre que les muscles. »

Le gut training apporte ainsi trois bénéfices majeurs: 

  • Une meilleure tolĂ©rance digestive: le système digestif devient plus efficace, rĂ©duit les inconforts (crampes, ballonnements, reflux) et permet de consommer davantage sans gĂŞne.
  • Une plus grande capacitĂ© d’absorption des glucides: l’expression des transporteurs intestinaux augmente, ce qui permet d’oxyder plus de glucides et de monter progressivement jusqu’à 90–120 g/h d’apport.
  • Un maintien plus durable de l’intensitĂ©: en absorbant plus de glucides, l’athlète prĂ©serve son glycogène, retarde la fatigue et stabilise son rythme pour rester performant plus longtemps.

Les recherches d’Asker Jeukendrup sur le gut training ont profondément changé la manière de préparer la nutrition en endurance. Comment intègrerais-tu ces concepts dans ton accompagnement ?

« Les travaux d’A.Jeukendrup ont montré que le système digestif s’entraîne comme un muscle. Je l’intègre donc dans mes accompagnements, selon trois principes : Progressivité, Spécificité et Individualisation.

A titre d’exemple l’approche dĂ©fendue par Sam Laidlow reflète bien ma vision : ce n’est pas un dĂ©tail, mais un facteur majeur de performance, qui se teste et se travaille. »

🧩 Note terrain 

  • IntĂ©grer le gut training dans la planification
  • Observer et noter les rĂ©actions
  • Augmenter les apports progressivement

⚠️ Tests en conditions réelles

Produits, quantités, timing, intensité, hydratation : tout doit être testé avant l’échéance.

Exemples de bases :

  • DĂ©finir un objectif glucidique (60–90–110 g/h selon l’épreuve)
  • Choisir les produits et Ă©viter d’en changer trop souvent
  • Fractionner les prises 
  • Tester chaleur, dĂ©nivelĂ©, contraintes rĂ©elles.
  • Entrainement fait en post prandial et après une prise hydrique

À l’approche de la course, on cherche à atteindre voire dépasser l’objectif cible pour maximiser la tolérance.

đź“– Bibliographie

Jeukendrup AE. Training the Gut for Athletes. Sports Med. 2017;47(Suppl 1):101-110. doi:10.1007/s40279-017-0690-6

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